La recherche publique saccagée

Publié le par Alambic City

La recherche publique saccagée
Recherche publique et OGM : il faut sortir du paradoxe
 
Tribune de François Houllier, Président de l'Inra
 
La François HOULLIER, Président Directeur Général (PDG) de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA). © MAITRE Christophe décision de ce jour de la Cour d’Appel de Colmar dans l’affaire de la destruction, en 2010, d’un essai scientifique non-marchand en plein champ mené par l’Inra sera immanquablement l’occasion de débattre de la place de la recherche publique en matière d’expertise, d’innovation pour répondre aux enjeux sociétaux et de soutien à la compétitivité économique.
 

Il n’appartient pas aux chercheurs de décider des choix technologiques et scientifiques d’une société. Il n’en reste pas moins que deux missions incombent à la recherche, au-delà de sa vocation exploratoire première : produire et diffuser des connaissances utiles à la décision publique ; contribuer à l’innovation pour relever les défis sociétaux identifiés collectivement et soutenir la compétitivité de notre économie.

L’Inra est aujourd’hui actif dans le domaine des risques alimentaires : il participe à plusieurs projets de recherche français et européens, dont les résultats sont attendus pour mieux appréhender les effets des OGM sur la santé humaine ou animale. La situation est toute autre pour les risques environnementaux : alors que l’Inra a, dans le passé, conduit de nombreuses recherches sur ces sujets, nos essais les plus récents ont été détruits par des commandos de faucheurs ou bien n’ont pas été renouvelés par les pouvoirs publics pour de complexes questions de procédure.

Parallèlement, notre pays s’emploie depuis plusieurs années à identifier les fronts d’innovation susceptibles de répondre aux grands défis sociétaux liés à la sécurité alimentaire et à la gestion durable des ressources et des milieux, de stimuler nos filières et nos industries et de contribuer au retour de la croissance économique. La recherche publique bénéficie ainsi, en France, du programme des Investissements d’avenir. Elle est également appelée à mobiliser des crédits européens dans le cadre du programme Horizon 2020 qui encourage les travaux scientifiques dans le domaine des biotechnologies, dont les OGM ne sont qu’une facette.

Le paradoxe est ainsi éclatant : d’un côté, la recherche publique est incitée à produire des connaissances et des innovations fondées sur les avancées les plus récentes des sciences et technologies du vivant ; de l’autre, elle est vandalisée ou bridée et elle ne peut produire les connaissances qui sont attendues de sa part, notamment en appui à l’expertise publique sur ces mêmes technologies.

Que faire pour sortir des violences illégales, de la destruction de biens publics financés par l’impôt et de cette paralysie de la recherche publique sur les OGM ? Faut-il, comme les chercheurs anglais, mener des travaux derrière des barbelés ? Faut-il, comme en Suisse, sanctuariser un site national unique dédié aux essais de la recherche publique sur les OGM ? Si ces deux pays ont souhaité maintenir des essais au champ, c’est bien que ceux-ci sont nécessaires pour obtenir des résultats scientifiques robustes : l’expérimentation en serre et la modélisation mathématique ne sont en effet pas suffisantes pour saisir la complexité d’un système agricole. Si un site d’expérimentation proche du modèle suisse devait voir le jour en France, il devrait garantir le « confinement extérieur » de ces essais, permettant de travailler en conditions culturales tout en évitant les risques de dissémination à grande échelle, comme nous l’avions fait sur notre essai détruit à Colmar.

La France, comme la majorité de l’Europe, s’oriente aujourd’hui vers un modèle agricole sans OGM cultivés et vers l’agro-écologie — celle-ci est d’ailleurs l’une des priorités scientifiques majeures de l’Inra. Pour autant, ce choix démocratique ne doit pas amener le service public de recherche à baisser la garde dans ses travaux sur les OGM. Pouvons-nous en effet renoncer à étudier — comme l’exige souvent la société — leurs impacts environnementaux ou sanitaires alors que leur expansion mondiale est une réalité ? Pouvons-nous laisser à d’autres la maîtrise des technologies les plus récentes et brider ainsi la compétitivité des entreprises françaises et européennes sur les marchés étrangers ? Pouvons-nous nous priver d’explorer les potentialités de ces technologies pour atteindre des objectifs d’intérêt public ou pour répondre, dans le futur, à d’éventuelles crises sanitaires ou climatiques ? Enfin, pouvons-nous donc vraiment faire l’économie d’essais scientifiques au champ en conditions contrôlées, pour traiter ces différents enjeux ?

Source : Communiqué de presse de l'INRA du 14 Mai 2014.

Publié dans Pesticides & OGM

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Olive 23/05/2014 09:53

Ce qui est intéressant, si ce jugement fait jurisprudence, c'est qu'il permettra à tout un chacun de prendre la posture du redresseur de tort au regard unique de ses propres critères moraux. Et là ça ouvre des perspectives...

Pour illustrer mon propos, prenons mon cas, j'ai horreur du vélo. J'ai grandi sur les coteaux pentus de l'Adour et mes parents ont toujours refusé de me doter d'une pétauhume (vélomoteur gascon). J'ai donc été contraint pour me construire une existence sociale de pédaler en toutes directions jusqu'à l'obtention salvatrice du permis de conduire. Depuis, je n'ai plus touché un vélo, le simple contact avec cet instrument de torture me file des poussées d’urticaire. Ce qui prouve que c'est mauvais pour la santé (en appliquant strictement les critères d'analyse scientifique de nos amis faucheurs).

Jusque là mon aversion s'était cantonné à un cadre strictement privé. Mais aujourd'hui, fort des conclusions de la cour d'appel de Colmar, et des fortes présomptions quand aux risques sanitaires qu'encourent les générations futures à poser leurs fesses sur ces engins (ce n'est bien entendu pas pour moi mais pour nos enfants que je milite), je compte me consacrer à la destruction systématique de tous véhicules à 2 roues non motorisés (non, j'épargnerai les trottinettes).

Cette démarche est bien entendu transposable. Prenez le texte ci-dessus et remplacer à l'envie le mot vélo par: choucroute, tapioca (pouah), pêche à la ligne, téléréalité (non pas ça, ce doit être d'intérêt général...), histoires de Toto et amusez-vous...

Continuez votre blog, il fait du bien...

Sceptique 18/05/2014 10:56

L'évolution de la politique sur la recherche, l'opposition aux bio-technologies, d'autant plus absolue et rigide qu'elle est irrationnelle, rendent impossible une recherche scientifique et publique dans ce domaine, sur le territoire français.
La seule solution serait l'expatriation de nos équipes de recherche, si possible, pour les chercheurs et leurs familles, au plus près, en Espagne, voire dans une des îles Baléares, pour une surveillance plus facile.

Olivier 19/05/2014 07:49

Les faucheurs de science n'ont que faire des résultats de la recherche, eux connaissent déjà la vérité et considèrent que leurs actes sont héroïques. Leur porte-drapeau José Bové continu de clamé sa propagande anti-science sans jamais être inquiété, les médias lui faisant un pont d'or à chacune de ses apparitions. Ce messie moustachu anti-capitaliste a d'ailleurs de beaux jours devant lui. Le chanteur Bertrand Canta rallié à sa cause sort tranquillement de l'ombre en chantant sa rage pour rameuter les jeunes rebelles et les inciter à un soulèvement des consciences...

Combien de temps cette résistance absurde aux OGM va-t-elle durer ?
Les gens finiront bien par comprendre un jour ou l'autre les bénéfices de ces découvertes scientifiques majeures. Lorsque nos politiques s'apercevront que notre compétitivité est mise à mal par des cultures agricoles étrangères nécessitant moins d'intrants, avec de meilleures résistances hydriques et une productivité sans équivalence, les PGM apparaitront peut-être comme l'élément clef de la culture bio par excellence ?

En attendant, c'est sur la lune qu'il va falloir mener les essais !