Contre un barrage pacifique ? Tout contre alors

Publié le par Alambic City

Les désœuvrés Zadistes, combattants violents, occupent le site de Sivens dans le Tarn.

Les désœuvrés Zadistes, combattants violents, occupent le site de Sivens dans le Tarn.

Par Daniel Sauvaitre
 
Rémi Fraysse est mort le dimanche 26 octobre à Sivens dans le Tarn. Il était au milieu de manifestants qui faisaient face aux forces de l’ordre lors des violentes échauffourées qui ont eu lieu ce jour là sur le site du futur plan d’eau. L’une des grenades offensives lancées par la police aurait explosé si près de lui qu’elle l’aurait tué.
La mort de ce jeune titulaire d’un BTS de gestion et protection de la nature est un drame. Elle est aussi le comble de l’absurde. Comment imaginer qu’il y ait eu là-bas un enjeu si important qu’il justifie de s’opposer aussi fermement à la police en charge de protéger le site?
« Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente » chantait si justement Brassens. Quelles sont-elles d’ailleurs ces foutues idées qui motivent que l’on se frotte aux CRS comme à la guerre?  
La conviction d’une atteinte insupportable à l’environnement que constituerait la création d’un barrage pour retenir de l’eau. Voyons donc ça d’un peu plus près mes chers lecteurs. Ce qui est arrivé est trop grave.
 
Le projet objet de la controverse consiste à réaliser une digue d’argile, de terre et de pierres sur le cours du Tescou, un petit affluent du Tarn. Dans cette vallée faiblement encaissée, l’ouvrage de 230 mètres de large et de 12 mètres de hauteur en son milieu, à la verticale du lit de la rivière, permet d’inonder 48 hectares sur  1.5 km de long. Au total le volume retenu sera environ de 1 million et demi de mètres cubes.  
Il se trouve que ce sont presque pile poil les caractéristiques du bel étang de Saint Maigrin en Charente Maritime. Il y a été crée il y a plus d’un siècle par des travaux identiques à ceux prévus sur la commune de L’Isle sur Tarn. Une digue de 230 mètres de large a été élevée en travers de la vallée du ruisseau le Tâtre, affluent du Trèfle. L’étang s’étend depuis lui aussi sur 1.5 kilomètre de long. Sa surface est au total un peu moindre semble t-il.
Cela n’évoquera bien évidemment rien à nombre de mes lecteurs planétaires. En revanche, pour les sud charentais qui passent de temps en temps sur la digue qui supporte la route départementale 152 qui relie Baignes à Saint Maigrin, ou bien qui se pressent en foule tous les trois ans au mois d’octobre pour assister au vidange de l’étang et à la pêche des poissons, la comparaison est édifiante. Ils auront de la peine à reconnaître la catastrophe écologique annoncée par les médias ou le projet démesuré décrit à l’écran par les nains verts qui nous polluent l’existence.
La motivation pour Saint Maigrin, c’était la pêche et la chasse. Sans doute aussi le raffinement et le goût de l’esthétique de riches propriétaires qui ont voulu rehausser la beauté sauvage et naturelle d’un site superbe. Une forêt, un château et nécessairement un étang magnifient la nature et l’environnement. L’opération est réussie. Le site est devenu une référence de site naturel préservé.
A Sivens, les élus et les agriculteurs se sont alliés pour qu’il soit encore possible de vivre et travailler au pays. Parce que pour s’assurer de bonnes récoltes régulières, il faut de l’eau en complément de celle qui tombe trop irrégulièrement du ciel. Entre 200 et 400 mm à l’hectare selon les années. C'est-à-dire de 2000 à 4000 m3 pour un hectare. 60 % du volume d’eau stocké à Sivens doit pouvoir être utilisé pour les cultures, c'est-à-dire 900 000 mètres cubes. Juste de quoi irriguer 300 hectares finalement. Un projet bien modeste. Et pour un investissement de 5 ou 6 euros du mètre cube selon les informations diffusées par la presse. Rarement l’argent du contribuable aura été aussi bien dépensé ces temps-ci. Parce qu’un plan d’eau comme celui-ci s’amortit sur plusieurs centaines d’années. L’étang ne nécessite quasiment pas d’entretien et il sera presque inusable. A condition bien sûr que la digue soit faite dans les règles de l’art.
Comment imaginer alors que ce projet passé par toutes les phases d’instruction pendant plus de 10 ans et dans tous les services administratifs qui font la fierté de notre beau pays, soit de nature à mobiliser contre lui de soi-disant défenseurs de l’environnement?
C’est là que l’on quitte le monde rationnel et qu’il faut rechercher les motivations des opposants en dehors de la cause environnementale.   
La digue est devenue barrage pour être symbole et prétexte à luttes contre le modèle agricole productiviste. Chaque mètre carré de zone humide est à sanctuariser comme si l’avenir de la planète en dépendait. Et forcément la légitimité de la cause des opposants surpasse la légalité démocratique. Alors dans ce cadre, certains loufdingues ou esprits fragiles entrent en résistance comme d’autres vont faire le djihad. C’est ainsi que la fameuse ZAD (Zone à défendre) est occupée par des zonards dont le coût cumulé en RSA et autres soutiens est sans doute bien plus onéreux pour la population que la réalisation de ce bienfait de barrage pour le Tarn, la France et l’humanité tout entière.
Mais voilà, toutes les autorisations obtenues et la quasi unanimité des élus locaux en faveur du projet n’étaient pas suffisantes au regard des contestations qui s’expriment chez les manifestants, mais aussi dans les médias et surtout chez certains élus nationaux Neu Neus LV.
Alors il a fallu demander à des experts d’y regarder de plus près. Si j’en crois ce qu’en ont retenu les médias, ils ont un peu fait la grimace Nicolas Forray et Pierre Rathouis, les deux ingénieurs généraux préretraités et fonctionnaires. « Médiocre, surdimensionné, plan de financement fragile », voilà les termes extraits du rapport de que l’on nous sert en boucle depuis dimanche.
Le rapport d’expertise est en ligne sur le site de la préfecture du Tarn. Je ne l’ai lu pour l’instant qu’en diagonale, mais il est riche d’enseignements sur le monde dans lequel nous vivons et sur l’approche comptable et administrative de ses auteurs. Il serait d’ailleurs très intéressant d’expertiser ces experts pour apprécier l’intérêt relatif qu’il y a à les écouter.
Comme je l’ai dit plus haut, faire une digue, retenir de l’eau l’hiver pour irriguer les plantes l’été, c’est que du bonheur. On sait techniquement être écologiquement performant pour ce type de réalisation. En revanche nos experts se prennent la tête sur les fiches de calcul du dossier, le nombre de paysans concernés, les surfaces à irriguer, le coefficient de substitution à retenir au regard des réglementations en vigueur, la compatibilité des financements avec tout ça et ainsi de suite. A l’arrivée, une bonne partie de l’effroyable approche technico réglementaire et financière de nos deux experts me fait bien plus craindre pour la planète que le pragmatisme agronomique et économique des paysans du Tarn et de leurs élus.   
La question de l’intérêt d’un tel projet ne se pose pas à mon sens. La question du financement est sans doute beaucoup plus sensible au regard de la complexité paralysante des paramètres à respecter du côté de l’Europe
 
Et l’autre question à laquelle je ne sais pas répondre est la suivante. Comment maîtriser et éloigner les manifestants, pacifiques ou très violents, afin de poursuivre les chantiers autorisés ? Faut-il user de la force, au risque de l’accident fatal ? Ou faut-il se donner le temps d’obtenir par lassitude des uns et indifférence des autres la démobilisation ?
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Publié dans L'eau et le climat

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Vincent 03/11/2014 00:18

> Faut-il user de la force, au risque de l’accident fatal ? Ou faut-il se donner le temps d’obtenir par lassitude des uns et indifférence des autres la démobilisation ?

Pas simple.

Ça peut donner des aberrations comme l'échec de la construction de la centrale nucléaire de Plogoff dans les années 70, avec pour résultat que la Bretagne ne produit que 10% de son électricité.

Et ça n'est pas avec la Madone du Poitou que les choses vont s'améliorer.