Flux d'informations

Publié le par Alambic City

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La lettre de la Société de Calcul Mathématique

Numéro 88 – Décembre 2019

Éditorial par Bernard Beauzamy

Lavatera dit "Dieu préserve ceux qu’il chérit des lectures inutiles" (cité par Baudelaire dans "Petits poèmes en prose", 1868); il dirait sans doute aujourd'hui "des informations inutiles", et ceci inclut toutes les sottises que déversent sur nous, en permanence, les téléphones, les journaux, la télévision, etc. Le glissement de terrain le plus insignifiant, en Papouasie septentrionale, nous est infligé à longueur de journée, s'il peut incriminer les forages d'une multinationale ou bien la déforestation par les agriculteurs. Le souhait de l'humanité semble être que chacun soit connecté à  tous les autres, que chacun ait, en temps réel, connaissance de tout ce qui se passe partout sur la surface du globe et, bientôt, sur les planètes avoisinantes. C'est absurde, d'autant que, pour l'essentiel, ces informations sont à la fois sans intérêt, fausses et manipulées.

L'actualité n'est pas seule en cause ; les historiens se mettent à réécrire l'histoire selon les critères qui les arrangent, si bien qu'il est devenu pratiquement impossible d'avoir une vue objective même d'un passé récent,  comme le Premier empire, et a fortiori d'un passé plus ancien, comme la civilisation grecque. L'historien moderne est incapable de présenter un fait ; il faut qu'il le modifie pour montrer que, pour lui, l'époque actuelle est un progrès.

Toutes les informations destinées à des hommes sont donc à prendre avec circonspection. A l'inverse, on pourrait penser que les informations émanant de machines, d'appareils de mesure, de capteurs, en bref tout ce qu'on appelle "données", sera  plus fiable. Il n'en est rien; nous allons le voir.

Tout ceci est réjouissant pour un mathématicien : les  données sont nécessaires à notre travail ; l'analyse préliminaire des signaux recueillis par les récepteurs fait partie des contrats que nous traitons.

On constate, de manière générale, toutes sortes de bizarreries, d'incohérences, de malhonnêtetés ; c'est en vérité assez naturel, parce que les données recueillies le sont dans le but de faire passer une vérité que l'on voudrait sans controverse.

Dans le domaine du climat, il y a de moins en moins de capteurs, que ce soit de température ou de concentration en CO2. Les zones couvertes sont insignifiantes, mais la doctrine du "réchauffement climatique" est considérée comme bien établie. Dans ces conditions, les capteurs ne servent plus à rien. Les religions ne se sont  jamais propagées  grâce à des données : il  n'y  a  pas  de compteurs de miracles au voisinage des églises.

On me dira que tout ne se réduit pas à des polémiques de société ;  un certain nombre de capteurs servent à alimenter des décisions techniques, comme par exemple le  guidage d'un véhicule autonome ou le bon fonctionnement d'un process industriel. Les responsables  ont tout intérêt à avoir des systèmes de mesure et d'information qui soient les plus fiables possible.

Eh  bien non ! Dans  l'immense majorité des cas que nous avons rencontrés, les systèmes de capteurs  ont été mal définis ; ils recueillent, plus ou moins bien, des quantités d'information qui se révèlent inexploitables.

La mode est au GPS pour émettre des informations de position et à la fibre optique pour la transmettre. Sauf à passer pour le dernier des ploucs, on utilisera une fibre optique à effet Raman. Un fabricant de gants pour moto les équipera de GPS, pour vérifier que le gant gauche et le gant droit ne s'éloignent pas trop l'un de l'autre. Bref, plus c'est technologique, plus cela émet de gigabits, plus cela plaît. Personne, ensuite, ne se préoccupe de valider et d'exploiter. Récemment,  pour un transport de containers, nous avons mis en évidence que certains trajets prenaient des  années et s'étendaient sur 300 000 km, sans que cela émeuve les responsables, qui n'avaient, auparavant, jamais traité les données.

Tout véhicule autonome qui se respecte (c’est-à-dire: qui est subventionné) est, par définition, bourré de capteurs : caméras, dans le visible et dans l'infrarouge, radars, lidars,  etc. Si l'un quelconque de ces équipements est en panne, les spécialistes savent y remédier, au moyen d'une théorie appelée "hybridation". C'est très utile : prenons six ou dix personnes qui parlent en même temps, disent éventuellement des bêtises, mais pas les mêmes et  pas au même moment : il faut en extraire un discours cohérent. Il existe beaucoup de théories académiques qui prétendent y parvenir.

Tout ceci est bel et bon pour la SCM : en 25 ans, nous avons développé nombre d'outils pour détecter les données incohérentes, les dysfonctionnements d'équipements, etc., et tout nous porte à croire que les 25 suivantes verront cet arsenal progresser.

Comme disait La Fontaine ("le chat et le renard") :

Le trop d'expédients peut gâter une affaire ; On perd du temps au choix, on tente, on veut tout faire. N'en ayons qu'un, mais qu'il soit bon.

Bernard Beauzamy

Publié dans Lois de la nature

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