Propos toxiques

Publié le par Alambic City

 

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Hier soir, j’ai assisté au débat organisé dans le cadre du Printemps bio au logis de Plaisance à Barbezieux, où Marie Monique Robin l'invitée vedette y assurait la promotion de son livre Notre poison quotidien. Une table ronde composée d’agriculteurs en tous genres dont Daniel, en tant que président de la section nationale pommes et poires, était venu échanger un point de vue diamétralement opposé à celui de la célèbre MMR marchande de peur et annonciatrice d’un chaos agricole mondial imminent. Après Isabelle Saporta, voici donc MMR armée du même discours anxiogène bien rodé accusant une fois de plus le monde agricole de tous les maux de la planète. Dés le début le ton est donné, ces recherches d’investigations incontestables mettent en évidence le danger des pesticides pour nos populations industrialisées et, nul doute là dessus, c’est bien les agriculteurs et les industriels qui après avoir pollué les eaux des rivières et les nappes phréatiques, continuent d’empoissonner la population en mettant sur le marché des produits agricoles bourrés de substances chimiques responsables de la recrudescence de cancers en Europe.

Je ne m’attendais pas de sa part à autant de mauvaise foi et d’une accusation à charge aussi lourde pour les paysans français. Je n’ai pas trouvé non plus la nuance et l’objectivité dont on est en droit d’attendre d’un journaliste d’investigation qui se respecte. J’ai été sidéré par les méthodes de manipulation et les raccourcis douteux dont elle a usé lors de sa démonstration accablante pour l’agriculture. C’est ainsi qu’en début de présentation, elle prend à témoin la salle en demandant qui connaît dans son entourage une personne victime du cancer du sein où un bon tiers des personnes présentes lèvent le bras. A ce moment là, sa mécanique d’argumentation se déchaine pour dénoncer la toute puissance des firmes de l’industrie chimique dépourvues de conscience et obnubilées à tout prix par l’argent, à l’image des laboratoires Servier, contaminant sciemment nos assiettes de pesticides. Au cours de son long monologue, elle ne cesse de mettre la responsabilité sur la filière agricole oubliant au passage de nous parler des méfaits du tabac, de l’alcool, des médicaments, de la pollution de l’air dans les villes, du stress de la vie moderne qui sont peut-être d’autres éléments responsables de cancers. Si je ne suis pas docteur ni scientifique, j’ai eu l’occasion de m’apercevoir que cette dame non plus ne possédait ni les diplômes ni les compétences pour avancer aussi catégoriquement la dangerosité de notre alimentation. Comme Isabelle Saporta elle énonce des contre-vérités avec un formidable aplomb mettant de l’eau au moulin des pro-bios ignorants le métier complexe d’agriculteur. Concernant les études scientifiques qui ne vont pas dans le sens des ses conclusions, celles-ci sont bien évidement faites par des corrompus achetés par les firmes mondiales. Au cours de cette longue soirée durant laquelle elle promeut la vente de ses livres et DVD, elle met en cause l’incompétence et la partialité des agences sanitaires ainsi que la DJA (dose journalière admissible des substances chimiques) fixée de manière complètement arbitraire selon elle. Lorsqu’elle aborde le suicide des agriculteurs, là je me dis que si elle continue elle va en avoir un de plus sur la conscience !

 

Je reprends mon souffle et je me calme un instant. Loin de moi l’idée de nier les dangers des pesticides mais doit-on tout remettre en cause et faire paniquer la population en distillant le doute sur la qualité de nos produits alimentaires alors que notre espérance de vie n’a jamais été aussi élevée dans notre histoire. Les produits phytosanitaires conditionnés en sac ou dans leurs bidons plastique sont bels et biens dangereux pour notre santé et représentent un réel poison qui implique de respecter les règles d’usage lors de leur manipulation au cours du remplissage du pulvérisateur et de leur utilisation dans les champs. Se protéger les mains avec des gants, se doter d’une combinaison et de lunettes pour éviter d’éventuelles projections et porter un masque afin de ne pas respirer les vapeurs toxiques sont les mesures de base comme ne pas mettre les doigts dans une prise de courant ! Pour MMR, ces combinaisons ne servent à rien et de toute façon on va tous mourir ! Les premières personnes concernées par le danger des pesticides sont donc bien à cet égard les agriculteurs manipulateurs mis en première ligne bien avant les consommateurs.

Lorsque je suis amené à traiter les vignes avec des fongicides ou des désherbants, je le fais lorsque cela s’avère nécessaire et à la dose la mieux adaptée. Comme beaucoup de mes confrères, je suis à l’écoute des techniques alternatives et je suis désireux de moins traiter comme nous pouvons le faire grâce à la connaissance de la maladie du mildiou de la vigne qui ne présente pas de risque majeur à l’heure où je vous écris. Ces produits sont chers, dangereux pour les utilisateurs et polluants pour notre environnement. Malheureusement nos cultures intensives ne pourront se passer de produits chimiques pour produire suffisamment et générer un revenu décent. Je ne suis pas en agriculture biologique mais je n’ai pas à rougir des techniques que nous utilisons sur mon exploitation. J’ai les mêmes objectifs que mes amis bio, produire un raisin sain et généreux. La culture biologique contrairement aux idées reçues utilise elle aussi des produits phytosanitaires comme le cuivre en viticulture qui reste un métal ne se dégradant pas dans le temps et qui à fortes doses se trouve responsable de l’intoxication des sols agricoles.

 

Moi aussi, je rêve d’une agriculture sans pesticides mais la complexité du monde du vivant montre que nos surfaces agricoles sont sans cesse menacées par une multitude d’insectes ravageurs et autres maladies qui en l’absence de produits chimiques (agréés bio ou pas) anéantiront nos récoltes.

 

Il va falloir absolument que les pouvoirs publiques prennent leurs responsabilités et affirment leurs confiances envers les produits agricoles français. De deux choses l’une, soit les traces de pesticides que nous pouvons trouver dans notre alimentation sont sans danger pour notre santé et dans ce cas il faut condamner les publications de MMR et d’Isabelle Saporta, soit ces traces présentent un réel danger pour notre organisme et nous devons interdire immédiatement leurs utilisations au niveau mondial au risque de connaître de nouvelles famines sur notre vieux continent.

 

Merci encore à Daniel qui a su garder son sang froid et tenter d’expliquer la réalité de notre métier de paysans français dans cette tendance actuelle qui dénonce sans relâche notre économie de marché jugée suspecte et dangereuse par bon nombre de citoyens. Chaque jour, les français peuvent accomplir leur droit de vote lors de leurs achats. Libres aussi à eux de retrouver le goût du jardinage et de manger leurs fruits et légumes au prix du temps et de l’effort qu’ils seront prêts à sacrifier contre d’autres loisirs. Mais là encore, on serait surpris de connaître la quantité réelle de pesticides utilisés (rapport quantité matière active/surface cultivée) par ces jardiniers du dimanche pour faire pousser leurs si bons légumes !

 

Entrée interdite

Si vous n'entrerez pas dans mon local phyto, je vous parlerai quand même des produits qu'on utilise...

Publié dans Pesticides & OGM

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Vinosse 22/05/2011 13:04



Bon alors, maintenant qu't'as fait ton tour à vélo, tu peux aller voir mon nouvel article, y va te plaire ...



Vinosse 21/05/2011 12:28



Si tu veux bien te porter, comme moi n'adresses la parole qu'à ceux qui sont certifiés BIO, tu verras comme tu seras tranquille !!!!


 


Te trompes pas, vas pas confondre avec les certifiés CON, ils sont trop, un vrai brouhaha !!!